Christophe Tanche, âgé de 42 ans, nordiste depuis toujours, participera en août aux jeux paralympiques de Tokyo. Licencié au club de tir de «l’Avenir d’Onnaing», Christophe s’est joyeusement prêté au jeu des questions-réponses et vous dit tout ! Contexte sanitaire oblige, il est actuellement le seul à pouvoir utiliser les lieux pour son entrainement.

Tireur licencié à « L’Avenir d’Onnaing » depuis les années 2000, vous avez commencé le tir  lorsque vous aviez une vingtaine d’années. Vous dites avoir découvert ce lieu et cette pratique un peu par hasard, expliquez-nous. « C’est le facteur qui faisait du tir et qui un jour a proposé à mon père, officier de réserve, de venir découvrir le stand. Nous y sommes allés ensemble, j’ai essayé et je ne suis jamais reparti » (Rires)

En 2005, seulement 5 ans après vos débuts, vous devenez champion d’Europe de carabine à 10 et 50 m. A ce moment-là, imaginiez-vous arriver à un tel niveau ?  
« Non, pas du tout. Je suis rentré en équipe de France en 2003. Je voulais faire du tir en compétition car pour moi le sport est une compétition. C’était récent, je découvrais encore beaucoup de choses. Encore 5 ans après on est tout jeune dans la discipline. Je n’avais à ce moment-là aucun plan de carrière. »

Il vous faudra patienter jusque 2016 pour participer aux jeux paralympiques de Rio. Quel était alors votre état d’esprit ? Qu’avez-vous ressenti ? « On se dit “enfin !!! “. J’estimais que j’avais déjà la possibilité de jouer aux JO de Pékin (en 2008). J’aurai dû y être mais entre-temps les modes de qualifications ont changé. »

Cinq ans plus tard, vous retentez l’expérience en participant aux jeux paralympiques de Tokyo, prévus au mois d’Août 2021 si la situation sanitaire le permet. Plus entrainé que jamais, vous partirez fort de cette première expérience à Rio. En quoi cela va vous aider ? « Sur la façon de gérer l’avant jeu, les mois précédents. Au niveau du physique et du mental.  Lors des jeux de Rio, il y a eu des choses bien faites, d’autres moins. Cette fois, c’est une préparation qui est totalement différente. Du fait de la situation sanitaire et d’une organisation différente, cette préparation se déroulera comme s’il s’agissait d’une première.  J’ai l’espoir d’une future compétition en avril. Je fais des matchs entre deux pour entretenir l’esprit de compétition, mais ça  ne remplace pas les compétitions habituelles. »

Comment passe-t-on d’un hobby à une véritable passion ? «C’est comme un «travail passion», on y passe tout notre temps.  A force, ça devient naturel.»

Aujourd’hui, à quoi ressemble un entrainement olympique ? « En temps normal, ça représente quatre séances par semaine. Il y a des semaines où c’est tous les jours en entrainement. Trois heures à peu près par séquence. Quand je vais à l’INSEP, une fois par mois, ce sont des journées de huit heures. (INSEP : Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance). L’entrainement dépend aussi de la période de l’année : début d’année quantitatif pour reprendre le niveau physique, remettre des automatismes en place, et au fur et à mesure que l’échéance approche, on affine les entrainements. On tire moins mais on recherche beaucoup plus la performance. »

Vos entrainements se font avec un fond musical. Pourquoi s’entrainer avec de la musique ? « J’ai toujours eu cette habitude depuis que j’ai commencé le tir. Déjà lors des stages en équipe de France. Toutes les compétitions se tirent avec de la musique il y a même une playlist officielle.  J’ai une préférence pour les radios américaines. »

Est-ce pour tester votre concentration avec un bruit de fond ou, au contraire, la musique est là pour vous aider à vous concentrer ? « Ce n’est pas pour tester ma concentration mais casser le silence ambiant. Le bruit des coups, mais aussi celui du public. En compétition, ils rajoutent également des battements cardiaques qui accélèrent.  La musique, le bruit, ça fait partie de l’entrainement. Il faut en revanche éviter la chanson française car on comprend les paroles. Il faut éviter, surtout si on connait les paroles, c’est plus dangereux. Il faut éviter de sortir de sa bulle. »
 

Vous parlez de cette discipline comme d’un sport cérébral. Est-ce que tout est une question de concentration ? « C’est largement une question de concentration et d’intensité de concentration. On peut être concentré tout en ayant des pensées parasites. Il faut de l’intensité de concentration au moins sur une heure et demie de temps.  C’est un sport de fou, c’est le cerveau qui va tout diriger ! Même si on est en forme physique, c’est le cerveau qui dirige. »

Quel rôle a joué le club de tir d’Onnaing dans votre ascension ? « C’est évident que le club a joué un grand rôle. Notamment grâce au président de l’époque, André Lespoix mais aussi, Jean-Paul Cantillon, le président actuel. Ils ont tout mis en œuvre pour que ce soit accessible, ils ont demandé différentes aides. Tout a été fait, lorsque qu’il y avait des demandes d’équipement spécifiques. Le club a tout fait pour se le procurer.  Une aide matérielle et humaine. Jean-Marc Gabelle, le vice-président, m’apporte une aide logistique, m’accompagne en tant qu’assistant sur les compétitions nationales. Je peux vraiment compter sur les membres du club, c’est pour ça que je ne suis jamais parti d’ici…»

Aimeriez-vous transmettre ou transmettez-vous déjà votre savoir auprès de licenciés ? « En période normale, tous les mercredis matins,  j’entraine les jeunes de l’IEM de la plaine de Mons (Institut d’Éducation Motrice). Ils ont entre 9 et 14 ans et sont en situation de handicap. Tous les ans nous allons jusqu’aux championnats de France. A chaque fois, nous revenons au moins avec un titre ! Apres les jeux je vais passer mes diplômes  pour devenir entraineur, c’est plus sur un plan de carrière, sur du long terme mais pourquoi pas après reprendre une partie de l’équipe paralympique. Pour un après… J’adore entrainer !»

Que diriez-vous à une personne porteuse d’un handicap ou non, qui souhaiterait s’inscrire au tir mais qui n’ose pas franchir le pas ? « Essayez !  Ça ne vous coûte rien en terme de temps et d’argent. Ici on nous prête tout. On a accueilli plein de formes de handicaps différents. Ici les gens savent gérer, ils ont l’habitude d’en voir, ça ne choque personne, tout le monde est bien accueilli ! Je ne savais pas que je serai doué pour ça, on ne sait pas où cela peut nous mener, peut-être dans des sélections en équipe de France. Il faut prendre le temps de venir découvrir et peut être se découvrir une nouvelle passion. »

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